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La Maison Ephémère
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La Résistance
Ce seul en scène co-écrit et mis en scène par Brigitte Baillieux a été créé en novembre 2006 à la Fabrique de Théâtre (La Bouverie)
Le texte est publié aux Editions Hayez & Lansman
Référence Art et Vie : tag 070


« LE CARRE DES COSAQUES », c'est le nom que les fossoyeurs communaux ont donné à une pelouse du cimetière de Braine-le-comte : quatre rangées de croix orthodoxes à l'oblique,  d'inscriptions illisibles, une litanie de noms imprononçables.

François Houart rend un hommage, parfois irrévérencieux, à ceux qu'enfant, il appelait «  chers grands-papas, chères grands-mamans » : une baronne polonaise, des ex-officiers russes, de simples cosaques, des réfugiés slovènes, hongrois, serbes, croates. Dans les années 60, ceux-ci avaient échoué en Belgique, dans un des homes ouverts d'urgence par le Père Pire pour les accueillir. Improbable Kibboutz, où l'on survivait pour moitié de la charité de « généreux donateurs » et pour l'autre moitié grâce à un sens développé de la débrouille en autarcie.

Bien que morts et enterrés depuis belle lurette, les pensionnaires sont venus assister au spectacle que le « gamin de la directrice et du directeur », devenu acteur, leur consacre. Un acteur qui se laisse emporter par le romanesque, le surréalisme de son enfance, un acteur souvent dépassé par ses « chers fantômes » qui envahissent le plateau de théâtre.


LA MISE EN SCENE, LA SCENOGRAPHIE

Au milieu d'un plateau de théâtre trône un petit décor évoquant le fond d'un atelier de brocante ou d'un hangar de l'Armée du Salut. Sur un bric-à-brac d'étagères faites de bric et de broc, des paires de chaussures rangées selon une logique qui ne peut parler qu'à l'ordonnateur des lieux.

Un acteur, d'une cinquantaine d'années, s'apprête à jouer un spectacle qui s'inspire de son enfance et de son adolescence dans une maison de retraite pour réfugiés des ex- Pays de l'Est dans les années soixante. Pour l'occasion, il a convié ses fantômes : les pensionnaires du home, décédés depuis bien longtemps, à assister à la représentation. Figurons-nous une cohorte de « gueules cassées » d'un âge respectable, tapis dans l'ombre des coulisses, couchés sur leur civière, accrochés à leurs béquilles, assis, qui dans son fauteuil roulant, qui sur sa chaise percée.

L'acteur s'est inventé un personnage, Octave, qui s'adresse aux spectateurs tout en triant et rangeant les chaussures qui encombrent son atelier. La trouvaille de l'une ou l'autre  paire de chaussures évocatrice de tel ou tel pensionnaire du home  structure le récit de ses souvenirs  et rythme le spectacle imaginé par l'acteur.

Hélas ou ... tant mieux, l'acteur, interrompu et dévié de son spectacle originel par les interventions intempestives de ses « chers fantômes », sera bientôt  plus occupé à leur répondre et à prendre à témoin les spectateurs de  la salle qu'à jouer son spectacle.

Une forme et une fable ludiques qui permettent le rire et l'émotion, qui offrent différentes lectures du spectacle : historique, politique, humaine, plastique, théâtrale.


LES PUBLICS ET LE SUJET

La Belgique ayant depuis longtemps constitué une terre d'immigration, la sensibilité au problème des réfugiés y est toujours vive. Dans les régions où le Front National fait des scores importants à chaque élection, il est intéressant de rappeler que, même dans les années 50 (période où le souvenir récent de l'exode inclinait la population à plus de compréhension envers les réfugiés), avait déjà cours la notion de « bon réfugié ».

Pour les plus jeunes, le spectacle permet de se rendre compte que ce qu'on appelle aujourd'hui « le secteur non-marchand », ainsi que « l'humanitaire » étaient très peu développés, sinon inexistants. Si le spectacle fait constamment référence à des faits historiques qui concernent l'Europe centrale et de l'est au début du siècle, cela n'en constitue que la toile de fond et ne requiert aucune connaissance particulière. De la même manière, la Belgique des années 60 est régulièrement évoquée, ce qui ne manquera pas de titiller la nostalgie de ceux qui ont connu cette période.

Les autres thèmes sous-jacents, tels que la confrontation avec la mort, la vieillesse, l'exil, le devoir de mémoire, les règlements de comptes avec sa propre enfance et avec ses parents, les ressorts psychologiques qui mènent au militantisme, passent par le prisme du regard d'un enfant sur le monde des adultes, cela le rend accessible à un très large public.